Kelin-Kelin’ Orchestra, Le Jazz.act, Paris, 26/10.

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Kelin-Kelin’ Orchestra, Le Jazz.act, Paris, 26/10.

Samedi, 27 Octobre 2012 07:15 | Écrit par Thierry Quénum
Brice Wassy (dm, comp, dir), Jean-Jacques Elangué (ts, comp, arr, dir), Rodolphe Lauretta (as), Kayou Roots (ts, ss), Ben Labejof (bs), Alexis Gonzales (tp), Roger Kom (tb), Abbé Ngayihi (p), Sébastien Richelieu (elb).

On est à deux pas de la Tour Montparnasse, dans un club de jazz qui a ouvert ses portes voici un an. Le public est mixte mais l’orchestre exclusivement « black, brown & beige » (comme disait qui Duke savez). Pas étonnant : où les voit-on ailleurs ces musiciens d’origine ou d’ascendance africaine ? Pas même — excepté celui d’Antoine Hervé voici un quart de siècle — dans notre national ONJ, piètre représentant — depuis sa création — de la diversité ethnique de l’Hexagone (C’est pas dans le cahier des charges, man ! Viens pas semer l’Asie zanie). Pas plus, d’ailleurs, dans nos festivals banlieusards ou limitrophes, friands de Chicagoans basanés, d’Archie Murray et de David Shepp.

Alors ils se sont regroupés, ces « mis sur la touche », pour jouer « leur » jazz, c’est à dire des musiques et des rythmes venus ou inspirés de leurs divers pays d’origine et plus (eh oui, l’Afrique c’est un continent passablement varié, musicalement parlant. Pas juste un vague coin sympa parsemé de baobabs et peuplé de bronzés qui ont le wythme dans la peau et regardent passer — comme les zébus matent les blue trains — le « trio africain » de R/S/T ou Dee Dee back to ze roots (honni soit qui Mali pense !).

Jouer ces musiques en grande formation implique des choix esthétiques qui vont des compos des deux co-directeurs — Brice Wassy (Camerounais de Paris) et Jean-Jacques Elangué (Franco-Camerounais né à Clamart) — à celles de Hugh Masekela (Afrique du Sud), de Roger Kom (Camerounais lui aussi), ou à un air du Ghana. Des choix d’approche aussi, puisque le propos stylistique est clairement jazz : ça joue dru et chaloupé sous les vivats d’un public plus chaleureux et enthousiaste que dans bien d’autres lieux et qui sait autant claquer dans les mains qu’apprécier un solo lyrique ou enflammé, un arrangement à la construction dramatique impeccable…

Pas de clichés ici, ni sur la scène de plain-pied (certains musiciens arborent des tenues colorées, des coiffures fantasques, en toute simplicité bon-enfant) ni dans la salle. C’est qu’on est tout bonnement « entre soi », comme le seraient des Bretons de Montparnasse (à deux pas) ou des Auvergnats de Bercy autrefois. Ca communique, donc, et ça circule fort. Ca sent bon le plaisir de se retrouver dans une atmosphère conviviale où les artistes ne sont pas là pour faire danser (sans que ce soit interdit) mais proposent une musique construite et vivante, pas du « typique » ni du formolé pour Quai Branly.

Et ça ne manque pas d’humour non plus: à la pause, Elangué lance à un public qui sait être à la fois bavard et attentif (si, si c’est possible : demandez à n’importe quel journaliste de jazz acoudé au bar d’un club) « Vous pouvez parler maintenant ! ». Et la musique enregistrée qui meuble l’entracte ? « You & the Night & the Music » par le trio de Kayo : une pianiste japonaise tout à fait honorable dont j’avoue n’avoir jamais entendu parler, puis de l’accordéon, du violon, de la salsa… On est dans un club de jazz, savez-vous ? Tenu par Alain Ouandji qui veut allier musique de qualité et art de vivre, jazz et saveurs des terroirs. Et il y réussit, avec savoir-faire et passion, loin de la Rue des… suivez mon regard !

Depuis septembre ont défilé au Jazz.act l’Organ Trio de Jon Boutellier, Julien Soro, Alain Jean-Marie et Annick Tangorra — revenait hier avec Mario Canonge, samedi, ce soir  ce sera au tour d’Orlando Poleo et « Maraca » Valle. Dans trois jour le Big Four de Julien Soro et compagnie investira les lieux et dans trois semaines c’est le trio d’un habitué, Ahmet Gülbay, avec Sophie Alour en invitée qui s’y collera… suivant de près le retour en force du Kelin-Kelin’ Orchestra — « Orchestre Gombo », en pidjin camerounais — qui y séjourne une fois par mois. Et ça s’entend nettement au niveau de la maturité, de la mise en place, de la sonorité d’ensemble bien que ce soir ils ne soient que dix au lieu de douze, avec des remplaçants tels que cet excellent trompettiste cubain qui pige en lieu et place de Nicolas Genest… Du jazz, quoi ! Ouvert, pluriculturel, sans frontières… Pourtant on est bien à Paris, ville qui assume mal son héritage culturel post-colonial. Rue Vavin, plus précisément. Allez y voir : vos oreilles et vos papilles vous en seront reconnaissantes ! Thierry Quénum

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